Il y a des endroits, dans une ville, qui ne se résument pas à une adresse. Des lieux où l'on revient par habitude, puis par attachement, et qui finissent par incarner quelque chose de plus large que leur fonction première. A Levallois-Perret, la halle Henri-Barbusse et le quartier du Village font partie de ces endroits-là. L'un nourrit, l'autre fait vivre. Ensemble, ils dessinent une certaine idée de ce que la commune a de plus singulier.

La halle Henri-Barbusse, bien plus qu'un marché

Quand on parle du marché de Levallois, c'est presque toujours de celui-ci qu'il s'agit. La halle Henri-Barbusse, place du même nom, est le plus ancien et le plus grand des trois marchés de la ville. Plus de 57 commerçants y tiennent leurs étals : primeurs, bouchers, poissonniers, fromagers, traiteurs, fleuristes. Le mardi, le vendredi, le samedi et le dimanche matin, les allées se remplissent dès 7 heures.

La halle a été rénovée il y a quelques années. L'espace est lumineux, aéré, avec une structure métallique qui laisse entrer la lumière naturelle. Les habitués le savent : le mardi matin, c'est plus calme, idéal pour prendre son temps. Le samedi, c'est la cohue, les familles, les cabas qui débordent. Le dimanche a son propre rythme, plus lent, presque dominical au sens propre. On y croise des gens en jogging qui achètent leur poulet rôti avant de rentrer lire le journal.

Ce qui frappe quand on s'y arrête un moment, c'est la fidélité. Les Levalloisiens ont leurs commerçants attitrés. On commande son fromage chez le même affineur depuis des années. On connaît le prénom du poissonnier. Ce n'est pas du folklore, c'est un tissu social qui s'entretient à chaque passage.

Ce qu'on y trouve

La variété des étals est l'un des points forts de la halle. On y trouve des produits qu'on ne déniche pas facilement ailleurs : des fromages affinés en cave, de la volaille fermière du Gers, des olives préparées sur place, du miel de producteurs franciliens. Plusieurs commerçants travaillent en circuit court, avec des approvisionnements qui changent au fil des saisons.

Les traiteurs méditerranéens, libanais ou asiatiques ajoutent une touche cosmopolite. Un samedi midi, on peut repartir avec un plateau de mezzé, une barquette de nems maison et une tarte aux fruits du pâtissier d'en face. C'est cette diversité qui fait que les habitants des communes voisines, Neuilly, Clichy, Asnières, traversent volontiers pour venir y faire leurs courses.

Les deux autres marchés

Levallois compte en réalité trois marchés, et il serait injuste de ne pas mentionner les deux autres. Le marché Jean-Zay, place Jean-Zay, se tient le mercredi et le samedi de 7h à 13h30. Plus petit, plus intime, il a ses fidèles. Le marché Europe, avenue de l'Europe, n'ouvre que le samedi matin. Chacun a sa personnalité. Mais Henri-Barbusse reste le vaisseau amiral, celui dont on parle quand on dit simplement "le marché".

Levallois Village : quand une ville garde son âme de bourg

A quelques minutes à pied de la halle, le quartier du Village est l'autre poumon de Levallois. Le nom n'est pas un hasard. C'est ici que tout a commencé, au milieu du XIXe siècle, quand Nicolas Eugène Levallois, un menuisier devenu entrepreneur, a dessiné les plans d'un village sur des terrains alors quasi déserts.

En 1845, Levallois trace des rues perpendiculaires, prévoit des emplacements pour une église, une mairie, des écoles. Le marché ouvre dès 1858. En 1866, Napoléon III signe la création officielle de la commune. A cette date, on compte déjà 27 blanchisseries, 126 cafetiers et 45 entreprises industrielles. Le Village Levallois n'a jamais été un village endormi.

Aujourd'hui, cette histoire se lit encore dans le tissu urbain. Les rues sont étroites par endroits, les immeubles restent à taille humaine, et surtout, les commerces de proximité n'ont pas disparu.

Les rues qui font le Village

La rue Louise-Michel est l'une des artères les plus animées du quartier. Boutiques indépendantes, cafés, petits restaurants : on y flâne facilement. La rue Henri-Barbusse, qui relie le marché au reste du quartier, alterne entre enseignes de bouche et commerces de services. La rue Anatole-France, un peu plus résidentielle, garde un charme tranquille avec ses façades anciennes.

Ce qui caractérise le Village, c'est l'absence de centres commerciaux et de grandes enseignes. Les boutiques sont tenues par des gens du coin, ou par des commerçants qui ont choisi Levallois précisément pour cette ambiance de quartier. Un caviste qui organise des dégustations le vendredi soir. Un coiffeur installé depuis vingt ans. Une librairie qui tient bon face aux géants du e-commerce.

Un quartier qui se transforme, sans se perdre

Levallois-Perret est une ville qui bouge. Les programmes immobiliers se multiplient, les sièges d'entreprises s'installent, la population augmente. Mais le Village a cette capacité à absorber le changement sans renier ce qu'il est.

Des restaurants récents ont ouvert leurs portes ces dernières années, apportant des cuisines nouvelles (coréenne, péruvienne, néo-bistrot) sans chasser les adresses historiques. Des boutiques de créateurs cohabitent avec la mercerie qui existe depuis trois décennies. C'est cet équilibre, fragile mais réel, qui donne au quartier son caractère.

La mairie joue aussi un rôle dans cette préservation. Le soutien aux commerces de proximité passe par des loyers maîtrisés dans certains locaux municipaux, des animations régulières (braderies, marchés de Noël, vide-greniers) et un plan de circulation qui privilégie les piétons dans les rues les plus commerçantes.

Pourquoi ça compte

Dans une métropole où tout se ressemble un peu, où les mêmes enseignes colonisent les mêmes rues, Levallois fait figure d'exception. Pas partout, pas tout le temps. Mais autour du marché et dans le Village, quelque chose résiste.

Ce quelque chose, c'est le lien. Celui qu'on tisse quand on fait ses courses au même endroit chaque semaine. Celui qu'on entretient quand on s'arrête boire un café au comptoir en sortant du marché. Celui qu'on transmet quand on emmène ses enfants choisir les légumes chez le maraîcher et qu'ils finissent par y aller seuls, dix ans plus tard.

La halle Henri-Barbusse et le quartier du Village ne sont pas des attractions touristiques. Ils ne figurent dans aucun guide. C'est justement pour ça qu'ils comptent : ils appartiennent à ceux qui y vivent, et c'est ceux qui y vivent qui les font exister.

Infos pratiques

Marché Henri-Barbusse (halle couverte) Place Henri-Barbusse, 92300 Levallois-Perret Mardi, vendredi, samedi : 7h à 13h30 Dimanche : 7h à 14h30 Plus de 57 commerçants

Marché Jean-Zay Place Jean-Zay, 92300 Levallois-Perret Mercredi et samedi : 7h à 13h30

Marché Europe Avenue de l'Europe, 92300 Levallois-Perret Samedi : 7h à 13h30

Accès Métro ligne 3, station Anatole France ou Pont de Levallois. Bus 53, 165, 174.