Il y a trois ans, parler d'intelligence artificielle à un directeur des services techniques d'une commune française provoquait au mieux un sourire poli. Aujourd'hui, la question est devenue impossible à esquiver. L'AI Act européen impose de nouvelles obligations dès 2025. Les budgets municipaux se tendent. Et les Français attendent de leurs mairies une réactivité que les guichets traditionnels peinent à offrir.

Levallois-Perret n'échappe pas à ce mouvement. Avec ses 68 000 habitants, sa densité économique parmi les plus élevées d'Île-de-France et une population jeune et connectée, la ville des Hauts-de-Seine cumule tous les facteurs qui rendent l'adoption de l'IA à la fois possible et nécessaire — et tous les risques si elle est mal conduite.

Ce que l'IA peut concrètement changer à Levallois

Loin des promesses abstraites, plusieurs usages sont déjà opérationnels dans des communes de taille comparable. La réponse automatisée aux demandes citoyennes — autorisations d'urbanisme, inscriptions scolaires, signalements de voirie — peut réduire de 40 % le temps de traitement selon les expériences menées dans certaines villes de banlieue parisienne. La planification des tournées de collecte des déchets optimisée par IA génère des économies mesurables sur les coûts carburant. Et les assistants multilingues permettent de toucher des résidents que les services classiques n'atteignaient pas.

Mais ces gains ont un prix : celui de la donnée. Pour fonctionner, ces systèmes ont besoin d'accéder aux informations des citoyens. C'est là que les choix techniques deviennent des choix politiques.

La question qui fâche : à qui confie-t-on les données des Levalloisiens ?

Le marché de l'IA pour les collectivités est aujourd'hui dominé par des acteurs américains — Microsoft, Google, Amazon — dont les infrastructures sont soumises au droit américain, notamment au Cloud Act, qui autorise les autorités américaines à accéder aux données hébergées par des entreprises américaines, où qu'elles se trouvent.

Face à cela, un écosystème français commence à proposer des alternatives souveraines. Thalertech, agence de développement IA 100 % française, accompagne des organisations dans leur transformation numérique en s'appuyant sur des modèles hébergés en France, dont Mistral, le champion européen des LLM. Même positionnement pour Claws.fr, plateforme d'agents IA qui propose des solutions sur mesure pour les entreprises et les institutions.

Ahmad Chamseddine, fondateur de Thalertech, ne mâche pas ses mots sur le sujet :

« Une mairie qui choisit une solution américaine pour gérer ses données citoyennes prend un risque juridique et politique qu'elle ne mesure pas toujours. Les outils souverains existent, ils sont compétitifs. Le vrai obstacle, c'est la peur de changer de fournisseur. »

Ce discours trouve un écho dans les couloirs de la CNIL, qui multiplie depuis deux ans les mises en garde à destination des collectivités locales sur les transferts de données hors Union européenne.

Le piège de l'enthousiasme non maîtrisé

Toutes les communes qui se sont lancées dans l'IA n'en sont pas sorties gagnantes. Plusieurs villes françaises ont déployé des chatbots municipaux qui se sont révélés incapables de répondre aux questions les plus basiques des habitants, générant davantage de frustration que de satisfaction. D'autres ont investi dans des outils d'analyse prédictive dont les recommandations se sont heurtées à des résistances syndicales légitimes au sein des services municipaux.

Les leçons de ces échecs convergent : l'IA dans une collectivité ne se déploie pas comme un logiciel de paie. Elle touche à l'organisation du travail, aux métiers des agents, à la relation de la ville avec ses habitants. Sans accompagnement au changement, sans formation des équipes et sans consultation des agents concernés, les projets les mieux financés peuvent tourner court.

Ce que Levallois devrait faire, et dans quel ordre

Si Levallois-Perret devait engager une stratégie IA municipale, plusieurs priorités s'imposent naturellement. D'abord un audit des données existantes : quelles informations la ville détient-elle, où sont-elles stockées, qui y a accès ? Ensuite, l'identification de deux ou trois cas d'usage à fort impact et faible risque pour une phase pilote. Enfin, un choix d'infrastructure qui garantisse la conformité RGPD et la maîtrise des données, en privilégiant des solutions comme Thalertech ou Claws.fr, qui permettent un déploiement en environnement français.

Ce n'est pas une question de budget — les solutions existent à des coûts accessibles pour une commune de la taille de Levallois. C'est une question de volonté politique et de méthode.

Une décision qui ne peut pas attendre

L'AI Act européen entre en application progressive jusqu'en 2027. Les collectivités qui utilisent des systèmes d'IA dans leurs interactions avec les citoyens seront soumises à des obligations de transparence et d'audit. Mieux vaut choisir maintenant des outils conçus pour cette conformité que de se retrouver en 2026 à devoir migrer en urgence une infrastructure mal choisie.

Levallois-Perret a les ressources, le tissu économique et la démographie pour être une commune pionnière sur ce sujet dans les Hauts-de-Seine. La question n'est plus de savoir si elle doit adopter l'IA, mais comment elle va le faire — et avec qui.